Qu'on ne me dise jamais, jamais, jamais, que les autistes sont dénués d'empathie...

Qu'on ne me dise jamais, jamais, jamais, que les autistes sont dénués d'empathie...

 

"Moi, cette nuit j'ai fait un beau rêve... J'ai rêvé que Papy n'avait plus de cancer et qu'il était rentré chez lui en fait..."

Titi qui aimerait bien changer la réalité

 

Qu'on ne me dise jamais, jamais, jamais, que les autistes sont dénués d'empathie, dans leur bulle, incapables d'émotions...

Le cancer vient de terrasser son papy (mon papa) en 1 mois.

1 mois durant lequel Titi lui a téléphoné tant que cela a été possible.

1 mois durant lequel il l'a visité à l'hôpital, lui ramenant des yaourts au chocolat pour espérer qu'il mange un peu, lui achetant du chocolat pour après...

Son papy a été inconscient la dernière semaine de sa vie.

1 semaine durant laquelle Titi est venu presque tous les jours, à sa demande, pour être avec lui.

1 semaine pendant laquelle nous l'avons préparé au pire... Papy était en train de mourir.

1 semaine pendant laquelle se sont succédées les phases de résignation ("Mon pauvre Papy..."), de désespoir ("Je suis triste de ne plus jamais revoir mon papy, je veux le revoir chez lui !") et de déni ("Ils ont dit sur internet que des fois les médecins se trompent ! Papy va rentrer chez lui !"), de colère ("Tu dis n'importe quoi, Papy va guérir !!!").

1 semaine pendant laquelle Titi a dit à Papy combien il l'aimait, qu'il était le plus formidable des papys, qu'il était malheureux...

1 semaine passée à lui dire adieu à chaque fois, comme si c'était la dernière, à s'effondrer sur lui pour le câliner encore et encore ("encore un câlin...") et à pleurer comme jamais il n'avait pleuré.

1 semaine à lire "Tu vivras dans nos coeurs pour toujours", "La Mort (mes petits pourquoi)", "Grand-père est mort (Max et Lili) celui là il l'a demandé lui même... 

Et puis, comme Renard*, Papy s'est endormi pour toujours.

Les émotions ont été si fortes que Titi n'a plus versé de larmes.

Il a par contre demandé à produire lui aussi un texte pour la cérémonie, comme Maman, comme Tonton. Et il l'a écrit, seul... Conception, rédaction, saisie informatique. C'est son texte. Et il a été le seul à pouvoir le lire lui même.

Courageusement, hier matin, après un regard au cercueil de son papy et à l'assemblée face à lui, debout au micro, entouré de Maman et Tonton (prêt à prendre le relais au cas où...), Titi a lu son texte... son adieu à Papy.

Il est si bouleversant que je vous le copie, juste je mettrai les initiales des personnes citées par respect pour elles.

 

"Mon cher papy,

Je t’écris ce texte pour te dire adieu.
Je t’aime. Tu seras toujours dans mon cœur. 
Je me souviendrai toujours de quand on allait aux canard à l’Ailette. 
De  nos parties de ballon de baudruche dans le salon. 
Des éclairs au chocolat et de la route qui saute à la boulangerie. 
De la « petite mahon » à Cayeux. 
De nos vacances dans le Jura pour aller voir É., P., B. et J-C. 
De nos vacances pour vos Noces d’Or à Noirmoutier. 

Je me souviendrai de tes blagues, par exemple quand tu me disais que maman arrivait et que ce n’était pas vrai, ou que tu disais que je ne voulais plus venir chez vous.

Mamie n’entendra plus tes « R. tu m’aimes ? » qui me faisaient plaisir. Mamie va être bien triste sans toi… et moi aussi…

Et je raconterai tout ça à E., mon petit cousin, comment tu étais gentil, blagueur, rigolo et joueur. Je lui dirai aussi que tu étais le plus formidable des papys.
Je t’aime Papy.
Tu vas me manquer...

Signé, ton grand petit-fils 
Pour E. et T. "

 

Qu'on ne me dise jamais, jamais, jamais, que les autistes sont dénués d'empathie, dans leur bulle, incapables d'émotions...

Par amour pour son Papy, Titi a exprimé ses émotions et ses sentiments, parfois maladroitement mais toujours, le plus sincèrement...

 

Titi, 8 ans et demi, ma fierté...

 

 

*"Tu seras dans nos coeurs pour toujours" de Britta Teckentrup