Les maux bleus et les bleus...

Les maux bleus et les bleus...

Ce dont on parle peu en matière d'autisme, c'est de la violence, volontaire ou non. La violence de ce que chacun vit, personne autiste, parents, fratrie, famille. La violence des regards des autres. La violence des situations. Mais aussi la violence physique parfois, souvent, selon...
souvent, on esquive ce sujet, parce qu'on ne veut pas dire, pas en parler, pas y penser, pas remuer le couteau dans les plaies, pas appuyer sur les bleus, pas considérer l'auteur des coups comme coupable, il n'en est tellement pas responsable.

Évidemment, là, je ne parle pas de la violence de parents ou tiers sur l'enfant autiste, qui elle, n'est jamais excusable, mais bien de celle que l'on reçoit en tant que parents...
D'aussi loin que je me souvienne, Titi a toujours eu des gestes brusques, violents. Je me souviens de véritables séances de lutte greco-romaine sur sa table à langer. Et il a toujours été fort, très fort, mon viking. Il n'avait que quelques mois quand j'ai eu mon premier coquard face à la table à langer. Il ne l'avait évidemment pas fait exprès et à ce moment là j'ignorais que le change était un supplice, du fait des irritations de contact physique... J'ignorais tout de son autisme, même si je le sentais bien le glaive au dessus de nos têtes...
De mois en mois, d'année en année, les coups, les bleus, sont restés et son parfois devenus "volontaires" si tant est qu'ils puissent l'être quand l'enfant n'est pas responsable des pulsions et fulgurances qui le traversent.

La frustration, le changement et la mauvaise gestion des émotions sont bien souvent la cause des crises de violence. La frustration et les changements de situation semblent tellement insupportables que la violence jaillit illico. Des explosions aussi violentes qu'imprévisibles, intenses de colère, qui se concluent parfois par un coup porté, dans un geste désespéré et qu'il regrettera tout aussi vite, mais... le mal est fait... pour lui... pour l'autre...
Évidemment la frustration qui est insupportable et envahissante génère la colère et c'est la colère qui provoque alors la violence. Mais parfois aussi c'est la joie, l'émotion, la réponse à des félicitations, de la fierté communiquée, ingérables toutes ces émotions trop intenses...
Évidemment, même à 6 ans et des brouettes, c'est toujours surprenant, toujours blessant (et pas que physiquement...) mais aujourd'hui, je peux y répondre avec beaucoup plus de patience, de compréhension et de bienveillance (oui, j'avoue il m'est arrivé d'avoir été nulle et d'avoir connement répondu à un coup par une fessée des cris... oui je sais combien c'est nul et je l'ai toujours su pourtant... et ces quelques fois là je les ai tout de suite regrettées et j'emporterai avec moi ces regrets...) Si maintenant, ces actes ne génèrent plus de colère en moi, mais de la douleur et de l'empathie, c'est que je ne pense pas à la douleur du coup reçu mais à sa douleur à lui, celle qui le transperce, lui, dans ces moments là...

Cependant, cette violence reste compliquée, épuisante, dure, énergivore et bouffeuse de good vibes. Et plus on avance dans le temps, plus l'inquiétude qu'elle généré augmente. Aujourd'hui, il a 6 ans déjà 37 kg de muscles d'un hypotonique qui doit résister, une force de viking, mais demain...?
La violence d'ordinaire me terrifie déjà, alors la sienne vous pensez... elle me terrorise... Comment la gérer ? Comment l'aider à la dompter ? Il fut un temps où le coussin de la colère m'a remplacée, il a pris ce rôle de réceptacle à émotions intenses... on va réessayer...on a trop vite fait de croire le passé derrière nous...
Mais subsistaient néanmoins les violences liées aux émotions positives : une joie trop importante à canaliser ? Un coup de boule à maman. L'excitation de voir les autres s'amuser à jeter de l'eau à maman à la piscine, bim l'arrosoir en métal dans son arcade...

Aujourd'hui, tu as encore tapé et menacé de recommencer, mon Titi, pour une vague histoire de toilette à faire alors que tu n'avais pas envie... des broutilles pour nous, un gouffre pour toi... Et aujourd'hui j'ai pleuré devant toi en t'expliquant que j'avais peur de ta violence, peur qu'un jour elle nous sépare et t'enferme... Tu as 6 ans et tu es certainement trop petit pour comprendre tout ça mais quand même je t'ai expliqué ma peur. Je t'ai dit que taper c'est interdit par la loi, illégal, que si on tape on peut aller en prison. Tu as semblé surpris... Tu n'aimes pas l'illégalité, alors peut être ça aura un impact... Tu as été touché de me voir pleurer, tu as demandé pourquoi je pleurais. Et je t'ai raconté l'histoire de cette maman qui avait le plus adorable petit garçon autiste qu'on puisse avoir (à part toi, bien sûr...!), et puis un jour vers 6-7 ans son petit s'est mis à être violent, tyrannique, de plus en plus en plus. Je t'ai raconté qu'il la tapait et voulait tout diriger de sa vie. J'ai dit "comme toi". J'ai dit que la maman l'aimait très fort, qu'elle avait supporté. Et puis je t'ai raconté que cette maman, je ne la connaissais pas en vrai, mais qu'elle avait posté un message désespéré sur facebook un jour, elle n'arrivait plus à s'occuper de son garçon devenant grand, elle en avait peur, ne supportait plus ses coups, sa violence, et elle écrivait pour dire qu'elle se résignait à le confier à un foyer. Tu as dit : "il pouvait quand même voir sa maman ?" Je t'ai répondu que oui, mais juste un peu. Je t'ai dit que cette histoire me faisait peur, que je craignais qu'un jour on en soit là, toi et moi, que je ne puisse plus m'occuper de toi. Tes yeux se sont emplis de larmes aussi. Puis tu m'as souri en me disant : "mais non maman, t'inquiètes pas, ça va pas nous arriver..." Et on a fait un gros câlin. Et on s'est dit qu'on s'aimait. Et je t'ai répété que "taper c'est interdit".
Et je vais en faire une affiche qu'on mettra partout je crois. Parce que ma plus grande peur au monde mon Titi, c'est que cette violence nous sépare un jour...

Des petits bleus sur le corps qui causent des gros bleus à l'âme et parfois un blues incommensurable en regardant ce petit garçon que j'aime de tout mon cœur grandir et devenir de plus en plus costaud, sans parvenir à apprivoiser cette violence qui semble être à ce jour encore la réponse à tout ce qui est trop fort... et Dieu sait (s'il existe...) qu'il y en a ... !

Des petits bleus pour moi, causés par beaucoup trop de maux bleus pour toi, mon Titi, un si chouette petit bonhomme, pourtant bon comme le bon pain...

PS : Si vous vivez ça, vous n'êtes pas seul-e-s...
Si vous avez vécu ça et en êtes sorti-e-s, racontez nous comment...

Commentaires

Soumis par Anne-Lise le mar 26/09/2017 - 13:51

J'en ai eu les larmes aux yeux à vous lire..
Je vous souhaite de tout coeur à tous les deux que votre Titi trouve le moyen de canaliser autrement ses émotions.

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