Pourquoi j'ai arrêté de travailler...

Pourquoi j'ai arrêté de travailler...

Hier, j'ai lu un super "feel good" article sur l'autisme. Si, sérieux, un "feel good" sur l'autisme !

Cet article il parle de Nolwenn & Sacha (lien ci dessous) et au milieu du flot de mauvaises nouvelles, il fait du bien ! Tout dans cet article est bien et je pourrais disserter des heures (oui arrête moi, je suis aspie !) sur chaque point abordé mais je vais me pencher sur un, particulièrement.

Un passage a fait encore plus écho que les autres, je cite :

" Avant, Nolwenn était danseuse de nuit et intermittente du spectacle. Elle gagnait bien sa vie. Il y a deux mois, elle a décidé de tout arrêter : chaque soirée travaillée se payait en fatigue, en stress et en crises (Sacha était déréglé dans ses habitudes). Du coup, elle sera bientôt au RSA. [...] Entre autres, Nolwenn est donc devenue taxi. Elle amène Sacha à l'école quelques heures par semaine, chez la psychomotricienne ou dans un centre de prise en charge précoce. ..."

J'ai soudainement réalisé que l'article me permettait de mettre des mots sur pourquoi moi aussi j'ai arrêté de bosser il y a 2 ans...

On était fin 2015, Titi allait avoir 5 ans, j'étais maman-solo. J'avais d'abord travaillé à mi-temps en congé parental après sa naissance, mais face à toutes ses difficultés et suite à un licenciement économique, je bossais chez moi, à mon compte, en autoentreprise. Je faisais des sites internet, de l'infographie. J'adorais ce que je faisais. Pour moi, faire des sites internet, bidouiller des dessins et des compositions graphiques, retoucher des photos, c'est mon big kiff. 

Mais... J'étais submergée. Je ne m'en rendais même pas compte. Tellement focalisée sur mon fils, ses difficultés au quotidien, sa scolarité à temps partiel, ses besoins, ses angoisses, ses rituels, son rythme, son avenir, l'après 6 ans, l'après moi... etc etc... A dire vrai, j'avais toutes les peines du monde à me concentrer sur autre chose. Je bossais quand il était a l'école (le matin) et après son endormissement (tard, très tard) et avant son 1er réveil nocturne. Au milieu de tout ça, fallait gérer le ménage et l'intendance. Je dormais peu. Mal.

Pour la thune c'était très fluctuant. Stressant. Un jour une technicienne CAF m'a demandé pourquoi je continuais à bosser. J'étais là, dans son bureau, terrifiée parce que la CAF ayant recalculé mes droits, elle reprenait sur le mois à venir (soit 3 ou 4 jours plus tard) 600€ de trop perçu 2 ans plus tôt (une erreur de calcul...). 600€ pompés sur l'AEEH de ton môme quand ce mois là justement t'avais que 900 pour vivre tu fais comment...?

J'avais la tronche défaite depuis trop longtemps, des containers sous les yeux, des cernes sombres comme la nuit qui tombe, un stress de tout perdre qui me bouffait les tripes, le sentiment d'être un mode survie depuis trop longtemps, de jongler entre les poignées d'heures d'école, le camsp, l'orthoptiste etc, depuis trop longtemps. Je tirais tellement sur ma corde que j'étais au bord de l'implosion. Je facturais même plus, j'étais à l'ouest dans l'administratif, je ne supportais plus du tout les clients chiants qui se croient supérieurs à toi parce que t'es prestataire et qu'en plus t'es une gonzesse. Je les envoyais paître parfois après des jours de travail jamais payés (oui oui, il y a des sacrés profiteurs malhonnêtes dans le monde du social et de l'associatif pour qui je bossais beaucoup parce que j'étais pas chère !). J'étais dans le jus. Je ne prospectais plus. Je n'y arrivais plus. Ma confiance en la vie et en moi au ras des pâquerettes, comment voulais tu que je me vende...?

J'avais dit à la dame de la CAF que je bossais parce que j'aimais mon job et puis que dans ce monde c'est comme ça qu'on doit faire pour être respecté et considéré, non? Bosser. Avoir un statut. Elle m'avait dit que je le payais cher mon statut, que j'avais l'air à bout. Elle m'a dit une phrase qui m'a fait mal mais qui a changé ma façon de penser ce jour là. "Comment voulez vous que votre fils ne ressente pas tout ce stress que vous portez seule...? Il a besoin d'une Maman qui sait que tous les mois il n'y aura pas de mauvaise surprise, que l'argent arrivera sur son compte..."

J'ai pris ma décision dans les jours qui ont suivi. Pour lui. Pour moi. J'ai décider d'arrêter de bosser. Question de survie. Ca a été dur.

J'ai vécu l'enfer devant un gentil travailleur social de la cellule RSA qui me disait recevoir pour la première fois une personne avec un tel CV, bac+5, des perspectives...Je lui ai raconté l'autisme, le manque de solutions pour mon fils à ses 6 ans quand il sortirait du CAMSP. J'avais déjà la gorge nouée. Il m'écoutait avec empathie et n'arrêtait pas de dire "mais qu'est ce que vous faites là ? pourquoi on vous oblige à ça ? vous ne devriez pas être là...". Je me suis effondrée et il a pleuré avec moi. J'ai vécu l'enfer encore lors de mes tentatives de socialisation au Réveillon suivant quand tout le monde se présentant, on m'a dit "et toi, qu'est ce que tu fais...?" Mère au foyer, ça sortait pas... 

Mais en fait et contre toute attente, la dame de la CAF avait raison. J'ai beau avoir un statut à la con, toujours un peu à Pôle Emploi, dés fois que après je rebosse si Titi a moins besoin de moi, au RSA, au top de l'AEEH pour payer une partie de ses soins et tenir le choc, contre toute attente, je revis depuis deux ans. Du coup je regrette de ne pas avoir arrêté avant, parce que même si je bossais peu c'était trop... Trop pour moi qui étais à bout de nerfs et de force. Trop pour Titi qui en pâtissait... J'étais plus stressée, moins patiente, moins open. Il épongeait mon stress, subissait ma fatigue morale. Contre toute attente, je suis heureuse et lui aussi, il a fait immensément de progrès ! Il est moins angoissé car sa maman l'est moins. J'ai même rencontré une amoureuse, (mais ça c'est une autre histoire car il y aurait beaucoup à raconter sur pourquoi on ne peut pas devenir un vrai couple qui partage sa maison et ses factures au risque d'être considéré et de devenir dépendant financièrement de son conjoint et de lui imposer la charge d'un enfant porteur de handicap qui n'est pas le sien... bref c'est une autre histoire...). 

Re-bref Titi et moi, on revit !

 

Pourtant, malgré tout ce que je te raconte là, quand un jour une «amie» m'a dit qu'elle ne comprenait pas ce qui m'empêchait de bosser, qu'elle avait une collège qui bossait à temps plein avec un gamin autiste, que les nounous ça sert à ça, que quand on veut on peut...blablabla... j'ai encaissé, j'ai eu zéro réponse, aucun argument...J'aurais aimé avoir ces mots... mais rien, je ne sais jamais me justifier surtout quand on me touche au coeur...

Alors que pourtant c'est simple... Pourquoi j'ai arrêté de travailler ? Maintenant je sais le dire à peu près. Autiste et Maman d'un enfant autiste je ne sais pas me consacrer à plus d'une grande mission à la fois. Ma mission, là, c'est d'élever ce petit garçon de 7 ans pour qu'il devienne l'homme le plus autonome, heureux et épanoui possible. Pour cela, je dois être disponible pour en prendre soin, le stimuler sans le bousculer, accompagner sa scolarité, ses accompagnements de "soins", psychomoteurs, moteurs et éducatifs. Je dois pour cela être reposée, ressourcée, détendue, disponible en temps et en énergie.

J'ai arrêté de travailler pour aider mon fils à grandir, tout en étant une femme en bonne santé et apaisée.

J'ai arrêté de travailler pour qu'on sorte du mode survie et enfin vivre !

J'ai arrêté de travailler parce que j'ai beau être parfois une Wonder-Maman je ne suis pas Wonderwoman !

J'ai arrêté de travailler parce que je n'avais pas le choix ! 

 

/ coche toutes les mentions utiles /

 

 

PS : cette personne n'est plus mon amie, mais l'a-t-elle été...?

Ajouter un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question consiste à tester si vous êtes ou non un visiteur humain et à éviter les demandes automatisées de spam.
9 + 1 =
Trouvez la solution de ce problème mathématique simple et saisissez le résultat. Par exemple, pour 1 + 3, saisissez 4.