S’habitue-t-on jamais ?

S’habitue-t-on jamais ?

Parfois l’autisme se cache si bien que l’on finirait par presque l’oublier…
Et puis un jour, en quelques minutes, il explose !
C’est un bel après-midi de printemps. Un bel après-midi de vacances. Un bel après-midi vosgien comme on les aime.
Il fait beau, on s’est promené, c’est cool. Et puis la fête des Jonquilles se préparant, une fanfare démarre. Titi se bouche immédiatement les oreilles. Tiens retour de l’autisme ! On l’avait oublié lui ! Enfin non pas vraiment… Parce que vue la flopée des intérêts spécifiques envahissants, on ne risquait pas !
On avance vite pour échapper au brouhaha. Évidemment on a oublié le casque anti-bruits dans le cartable avant de partir. La loose. Bon, pour ma défense, Titi n’avait plus eu de problème d’hyper sensorialité depuis un an. On s’est cru débarrassé. Puis c’est revenu. Avec l’autisme, c’est comme ça : ça s’en va et ça revient…! C’est aussi fait de touts petits rien… mais ça ne se danse pas ni ne se chante !
Note pour plus tard : il en faut un deuxième dans un sac à dos à traîner partout, pour Titi en hypersensorialité.
Deux tours de manège et puis s’en va le brouhaha…

On reprend notre balade. Une boutique nous donne envie de rentrer. Titi suit le mouvement, en fait le tour. Magasin de fringues aux couleurs des années 80, il regarde, et très vite réclame à s’asseoir. Pourquoi les magasins ne prévoient pas de fauteuil pour les personnes qui ne tiennent pas debout longtemps ? Pourquoi ne prévoient-ils pas un espace détente pour les enfants et conjoints désœuvrés ou épuisés ?
Titi se réfugie dans une cabine d’essayage où il peut s’asseoir.
Note pour plus tard : inventer une chaise légère comme un tabouret pliable à mettre dans le sac à dos, pour Titi hypotonique.

On poursuit notre tour et on décide de se poser pour boire un verre « Chez Mémé », dans ce café vintage au charme d’antan que nous aimons tant. Titi a adoré ce café, mais lors de notre dernier séjour n’a plus voulu y entrer par peur de la vieille télé des années 50/60 qui décore les WC. Depuis qu’il m’a demandé pourquoi il y avait un rond noir au milieu de l’écran et que j’ai eu le malheur de lui répondre que la télé a du imploser. Depuis il a fait des recherches sur le net, et découvert ce qu’étaient les implosions. Angoisses. Plus moyen d’approcher de l’entrée de notre QG !
Cette fois, il y entre de bonne grâce ! Chouette ! On se pose et pour fêter ça Maman suit le mouvement et se prend une sangria ! On sirote tranquillou notre verre quand Titi me regarde en disant juste « Ohhh » et son regard se porte sur son entre jambe d’où coule au travers de son survet’ une cascade ininterrompue. Le regard de Titi passe de son entrejambe à mon regard incrédule puis paniqué. Je lui demande de venir aux WC et là il se lève en gesticulant, me repoussant et criant « Nonnnn, je ne veux pas aller aux wc ! » Tous les regards se tournent vers nous, vers ce grand gaillard dans sa flaque et moi debout près de lui, tentant de l’apaiser « Non, non... on ne va pas y aller mais viens quand même avec moi… » Par chance, le lavabo est en dehors de la cabine de wc. En pilote automatique sans savoir vraiment ce que je devrais faire, je me saisis du sopalin et l’essuie comme je peux. Je lui demande ce qu’il s’est passé. « J’ai essayé de me retenir puis c’est parti tout seul, Maman ». Mais pourquoi c’est arrivé ? Pourquoi n’a-t-il rien dit ? Pourquoi s’est-il autant retenu ? Je vous le donne en mille… Il a eu envie de pipi mais en même temps il était si angoissé par la télé - bien qu’il ait cru en être quitte e cette peur là – qu’il n’a pas pu aller aux wc…
Et de la même façon, pour les mêmes raisons, il n’a pas pu m’en parler. Et moi, je n’ai rien vu. Je le sens mal. Je me sens mal. Je l’essuie comme je peux. Puis je vais essuyer la flaque au pied de sa chaise et sa chaise de velours jaune imbibée. Et mal à l’aise, mais dans un souci de correction, je vais informer la responsable que mon fils a fait pipi sur une chaise. Elle demande à une employée de sortir la chaise. Vu l’état du gamin, je propose qu’on ne lui redonne pas de quoi s'asseoir. Fin de l’épisode. Titi reste debout près de la table, mouillé. Moi aussi, par solidarité. Note pour plus tard : avoir des vêtements de change à dispo…

Fini de siroter la sangria, je l’avale. J’ai juste envie de fuir de ce lieu avec mon gamin trempé. Loin des regards. Loin de l’inconfort. Le sien. Le mien. J’ai avalé ma sangria si vite et je bois si peu que je suis cuite ! Note pour plus tard : continuer à ne pas boire la moindre goutte d’alcool car l’autisme est toujours prêt à surgir et on doit rester vigilant, à l’affut, conscient…

En route, mes larmes coulent. S’habitue-t-on jamais à voir son enfant en souffrance, exposé à la vue de tous ? S’habitue-t-on jamais à ces vies-là, imposées par des troubles, des angoisses, tapis dans l’ombre et prêts à surgir à la première occasion ? S’habitue-t-on jamais… ?
Note pour plus tard : rester en éveil et faute de pouvoir anticiper, être prêt à réagir… éviter la sangria pour éviter la cuite en un verre !

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